Alors qu’on célèbre le premier anniversaire du mouvement Gen Z et du régime de la Refondation, l’avenir politique du nouvel homme fort de la Nation, le colonel Michaël Randrianirina, est au cœur du débat. Si le président de la Refondation fait face à une délicate équation politique, maintenir le suspense pourrait lui permettre de garder la main.
En fin de semaine, Tovonanahary Rabetsitonta, dirigeant de l’Ivon’ny Fanavaozana ny Repoblika (IFR), estime que le chef de l’Etat devrait pouvoir se présenter à la prochaine élection présidentielle s’il le souhaite. Il met même en garde contre les risques de troubles que pourrait provoquer une éventuelle interdiction de sa candidature.
De son côté, Paolo Raholinarivo propose une autre option, à savoir, maintenir le colonel au pouvoir jusqu’
en 2030, afin de permettre l’assainissement, la révision des listes électorales et la réforme électorale du système électoral. Pour leur part, afin de prévenir tout conflit d’intérêts, 329 organisations de la société civile, dont le Collectif des citoyens et des organisations citoyennes (CCOC), ont demandé en février un engagement de non-candidature ou une clarification des intentions électorales des dirigeants de la Refondation. Ces arguments témoignent des prises de position divergentes, autour de la carrière politique du président de la Refondation, alors que la concertation nationale n’est qu’à son début.
Mais pour le principal intéressé, trancher dès maintenant pourrait s’avérer politiquement prématuré. Une déclaration de candidature comme un engagement de non-candidature risquerait de modifier les rapports de force au sein d’une classe politique dont l’adhésion demeure nécessaire à la réussite du processus de changement institutionnel.
« Lame duck »
En effet, une annonce de candidature de Michaël, une année avant 2027, compromettrait la confiance des partis politiques susceptibles de devenir ses concurrents à la prochaine présidentielle. Ces derniers pourraient être tentés d’interpréter les décisions relatives aux réformes constitutionnelles, à la législation électorale ou à l’organisation du scrutin, comme autant de calculs destinés à favoriser le chef de l’Etat. Même en l’absence de manœuvres politique, le simple soupçon de conflit d’intérêts pourrait fragiliser la crédibilité de la Refondation et compliquer la recherche d’un consensus politique.
A l’inverse, une déclaration définitive de non-candidature ne serait pas nécessairement sans conséquence. Certains soutiens politiques, dont ceux qui misent sur une éventuelle candidature du colonel, pourraient perdre une partie de leur motivation à accompagner ses initiatives. D’autres pourraient commencer à préparer sa succession, à nouer de nouvelles alliances ou à se rapprocher de futurs prétendants à la magistrature suprême. Une telle recomposition prématurée risque d’affaiblir progressivement l’influence politique du colonel Michaël Randrianirina, alors qu’il doit encore conduire des réformes qui nécessitent une coopération des forces politiques.
Ce phénomène est connu, surtout aux Etats-Unis où les présidents arrivant au terme de leur second mandat, sans possibilité de réélection, connaissent parfois une perte d’influence quand leurs alliés se tournent vers la prochaine échéance électorale. Cette situation, associée au phénomène du « lame duck » ou « canard boiteux », illustre les difficultés que rencontre un dirigeant dont le départ est devenu une certitude politique.
Dans ces conditions, le maintien du suspense serait plus judicieux. En ne fermant aucune porte, le président de la Refondation conserve une certaine marge de manœuvre vis-à-vis de ses alliés comme de ses potentiels concurrents. Les premiers pourraient continuer à soutenir son leadership dans la perspective d’une éventuelle continuité politique, tandis que les seconds n’auraient pas encore de candidature officiellement déclarée en course. Une manière de préserver son influence dans le jeu politique et de limiter les repositionnements politiques.
Tivo Rasam





