Nouvelle école de la Refondation

Il fallait bien que cela arrive un jour. Après des décennies passées à importer des modèles politiques et économiques agrémentés de recettes institutionnelles, Madagascar a peut-être trouvé un nouveau produit d’exportation, à savoir la Refondation. Et, cette fois, pas besoin de passer par le port de Toamasina ou de négocier des accords commerciaux. Le savoir-faire malgache voyage tout seul et inspire, avec un certain décalage.
Par exemple en France, en ce mois d’octobre, lycéens et étudiants descendent dans la rue pour dénoncer la dégradation de leurs conditions d’études, les insuffisances du système éducatif et le manque de moyens. Les établissements sont bloqués, les marches grossissent et le gouvernement cherche des réponses.
Un scénario qui rappelle vaguement les premières mobilisations de la Gen Z malgache en septembre 2025. A Antananarivo, la jeunesse avait déjà compris qu’entre deux publications sur les réseaux sociaux, il était possible de faire trembler les institutions. Les Français arrivent donc avec une année de retard au cours de la contestation. A Madagascar, la promotion Gen Z 2025 a déjà passé son examen révolutionnaire. En France, la promotion 2026 en est encore aux travaux pratiques, même si les programmes et la filière ne sont pas identiques.
Mais le phénomène ne s’arrête pas aux amphithéâtres français. En République démocratique du Congo, l’ancien président Joseph Kabila vient de lancer une coalition politico-militaire baptisée « Front pour la Refondation de la Nation », destinée à s’opposer au pouvoir de Félix Tshisekedi. Voilà un credo qui ne devrait pas dépayser les Malgaches. Depuis octobre 2025, la Refondation fait partie du vocabulaire officiel du pays, sous l’autorité du colonel Michaël Randrianirina.
A croire que le mot est devenu un produit politique particulièrement recherché. Après avoir longtemps importé des concepts institutionnels, Madagascar pourrait presque réclamer des droits d’auteur. Alors, le colonel Randrianirina aurait-il ouvert, sans le savoir, une école internationale de la Refondation ?

Tivo Rasam

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