Une bombe à retardement

Certaines cités uni­versitaires du pays sont en effervescence. Pour le moment, pour être plus précis, ce sont celles d’Antsiranana et d’An­ta­nanarivo qui sont concernées. Non cette fois-ci, il ne s’agit pas comme d’habitude d’une grève des étudiants mais plutôt du « nettoyage » de ces cités.
Il faut reconnaître que les cités universitaires qui existent un peu partout dans le pays sont en situation de surpopulation. Chaque année, des milliers de nouveaux bacheliers tentent de trouver un logement dans ces cités. Mais c’est un véritable parcours du combattant pour en trouver.
Le problème est qu’il n’existe pas un vrai programme d’extension, de développement ou de construction de nouveaux logements pour les étudiants. On se contente, chaque année, d’attribuer les logements censés être libérés par les anciens aux nouveaux arrivants.
Non seulement, les logements actuels ne suffisent déjà plus car chaque année, on enregistre un flux énorme de nouveaux bacheliers mais encore, ceux qui y résident ne veulent pas céder leur logement après la fin de leurs études supérieures et qu’ils n’y ont plus droit.
Cela s’explique par les difficultés pour trouver un logement libre et surtout par le prix élevé des loyers pratiqués. Alors, tant que possible, on tente de s’accrocher aux logements dans les cités universitaires vu leur loyer modique avec en plus, la gratuité de l’eau et de l’électricité. Certains pensent peut-être y vivre jusqu’à leur âge de mise en retraite.
Pourtant, il faut savoir qu’aujourd’hui, vivre dans une cité universitaire n‘est pas tellement enviable vues les conditions dans lesquelles se trouvent aujourd’hui ces logements. Ce sont des conditions de vie qui ne sont pas dignes de ceux que l’on considère comme étant l’avenir du pays.
Par ailleurs, la promiscuité qui y règne est favorable à la montée des tensions qui se transforment à de véritables batailles rangées à la moindre occasion. D’autant plus que l’existence de constructions illicites privées à l’intérieur du domaine appartenant à l’université ne permet pas de contrôler ces logements universitaires.
C’est d’ailleurs pour cette raison que les universités d’Antananarivo et d’Antsiranana se sont engagées dans des opérations d’assainissement consistant à détruire toutes les constructions illégales. Et bien évidemment, ces opérations ne sont pas bien vues par tous. Cela pourrait expliquer, en partie, les différents troubles qui se déroulent actuellement dans certaines universités.
Or, il faudra bien, qu’un de ces jours, on procède à l’assainissement des cités universitaires sur tous les plans. Certaines cités sont devenues un véritable ghetto où les dangers sont permanents avec l’existence de vrais gangs. Et la situation qui y règne en fait une véritable bombe à retardement.

Ranaivo Lala Honoré

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