Le verre de trop

Après l’effondrement des prix du paddy dans la région Alaotra Mangoro, les agriculteurs de la région se sont reconvertis dans d’autres activités non pas agricoles mais dans la distillerie. Beaucoup se sont lancés dans la fabrication du rhum artisanal plus connu sous le nom de « toaka gasy ».
On ne peut pas dire que ce soit une reconversion définitive. En tout cas, cette reconversion, même temporaire, est tout à fait logique. Effectivement, le rhum artisanal est très demandé en cette période de « famadihana » et de circoncision. Pendant ces évènements, il coule à flots et la demande est très forte.
Le seul souci qu’on peut avoir est que ces agriculteurs, grisés par ce que leur rapporte quotidiennement la distillerie pour la fabrication de rhum artisanal, fissent pas abandonner définitivement le métier d’agriculteur. Ou tout au moins, se lancent dans la culture de cannes à sucre.
Le cas échéant, c’est un danger qui menace le pays. La culture du riz risque de devenir une activité secondaire pour une région qui constitue quand même l’un des greniers à riz du pays.
Et si le phénomène se propage dans d’autres régions rizicoles, on peut dire adieu à l’objectif
de souveraineté alimen­taire.
On ne peut pas blâmer les agriculteurs pour ce choix. Les choses étant ce qu’elles sont, ils leurs faut saisir toutes les opportunités qui se présentent. Non seulement, ils doivent rembourser les crédits qu’ils ont emprunté auprès des banques ou autres institutions.
Mais il leur faut aussi trouver de quoi faire vivre leur famille respective. La fabrication de rhum artisanal est une activité qui permet de réaliser des recettes au jour le jour, tout cela dépendant de la quantité produite. Ce qui est bien différent de la riziculture où il faut attendre des mois avant de voir la récolte.
On ne peut pas dire que l’Etat est resté les bras croisés face à ce problème des agriculteurs. Il a déjà acheté massivement des stocks de paddy dans la région, dans le but certain de bloquer la chute des prix du paddy. Mais apparemment, cette technique n’a pas donné les effets escomptés.
En effet, après ces achats massifs, les prix du paddy ont montré une certaine hausse. Ce qui a plus ou moins encouragé les agriculteurs. Mais cela n’a pas duré longtemps. La baisse des prix du paddy a repris. D’où la reconversion de nombreux agriculteurs. A charge pour l’Etat de trouver d’autres solutions.
On ne peut qu’espérer que ces agriculteurs reprennent leurs activités initiales quand arrivera la période de culture. Seulement, il est à craindre que les agriculteurs se lancent aussi dans la fabrication de l’alcool à partir du riz qu’ils produisent, ce qui donnera du saké. Ce sera le verre de trop.

Ranaivo Lala Honoré

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