Entretien – Mounia Daoudi: « Nous ne sommes pas un média d’État, mais un média de service public »

Indépendance éditoriale, guerre d’influence, désinformations et souveraineté médiatique africaine… Mounia Daoudi, adjointe au directeur de RFI chargée de l’information Afrique, répond à nos questions.

• Les Nouvelles : Quelle est l’ambition de France Médias Monde derrière cette bourse et comment mesurez-vous son impact sur le journalisme africain ?
– Mounia Daoudi : Cette bourse a été créée en hommage à nos deux confrères Ghislaine Dupont et Claude Verlon, enlevés et puis assassinés dans l’exercice de leur métier, il y a bientôt jour pour jour 13 ans, le 2 novembre 2013. Ils étaient en reportage à Kidal pour couvrir les élections. Cette bourse c’est pour les rendre hommage et faire perdurer tous ce qu’ils ont fait, c’est-à-dire un journalisme libre et indépendant. C’étaient des journalistes qui ont marqué RFI par la qualité de leur travail. Et en fait, cette bourse est destinée à perpétue ce journalisme-là, c’est-à-dire un journalisme indépendant, un journalisme de faits, un journalisme d’informations vérifiées. Et dans un monde où il y a beaucoup de fake news ou de désinformation, où les gens cherchent à faire des influences, rappeler que le journalisme c’est des faits, des informations vérifiées est important. La bourse a été créée quelques mois après leur mort pour leur rendre hommage. L’objectif est de former des jeunes confrères et consœurs en journalisme, mais aussi en technicien de reportage et au métier de la radio. Pour nous, c’est la transmission du journalisme que Claude et Gislaine pratiquait, mais avec une variante cette année parce que le monde et le journalisme évoluent. En plus de la formation classique, nous avons ajouté la notion de fact-checking, la vérification de l’information et tout ce qui concerne les réseaux sociaux. En effet, de plus en plus de jeunes s’informent aujourd’hui à travers les réseaux sociaux. Il y a aussi tout le volet vidéo.

* La formation de journalistes africains par un groupe audiovisuel public français peut-elle aussi être considérée comme un instrument d’influence ?
– Vous avez dit un mot important. C’est public. Nous sommes un groupe service public et nous pratiquons un journalisme indépendant. Dans France Média Monde, c’est l’indépendance de l’information. Ce n’est pas parce que nous avons un financement public que nous obéissons à des injonctions de l’Etat français. Nous tenons à notre indépendance et nous sommes les premiers critiques de la politique française. C’est bien le gage de notre indépendance. Et ce que nous souhaitons transmettre cette notion d’indépendance de l’information à nos confrères et consœurs africains. C’est une pratique du journalisme qui devrait être universelle et qui ne répond à aucune injonction de qui que ce soit.

* Comment RFI garantit-elle son indépendance éditoriale lorsque les intérêts diplomatiques français sont directement en jeu ?
– Nous ne sommes pas un média d’Etat, mais un média de service public. Moi en tant qu’adjointe au directeur de RFI chargée de l’information Afrique, mon rôle c’est d’abord garantir l’indépendance des journalistes et être moi-même la balise si quelque chose devait les empêcher de faire leur travail de manière indépendante. C’est garantir l’accès libre à l’information et ne pas tomber justement dans la manipulation et l’influence.

* Comment RFI vit-elle la concurrence croissante de la Russie dans l’espace médiatique africain ?
– Nous continuons notre travail, encore une fois, de vérification de l’information. Nous restons indépendants par rapport à toutes formes pression. Vous parlez d’influence russe. Effectivement, parmi les moyens de résistance il y a justement ce travail de vérification de l’information ou le fact-checking et de ne laisser pas dire n’importe quoi par n’importe qui.

* Et malgré la montée de l’influence russe et la défiance envers la France, RFI ne modifiera donc pas sa manière de traiter les actualités africaine…
– Certainement pas. Jamais nous n’obéirons à une quelconque injonction de qui que ce soit. Nous continuerons à nous battre avec les moyens que nous avons, c’est-à-dire des moyens journalistiques de vérification. Nous enquêtons et nous dénonçons les dérives qui peuvent être celles de certains médias. Notre but c’est de continuer à faire de l’information.

* Et dans le contexte politique actuel, quelle place RFI souhaite-t-elle occuper dans le paysage médiatique malgache ?
– RFI souhaite accompagner les Malgaches dans l’exercice de leur souveraineté. Nous sommes là pour rendre compte de l’actualité malgache, donner la parole à tous les acteurs sans aucune exception, les citoyens, la société civile, les politiques. Notre rôle c’est de rendre compte de la réalité et de l’évolution de la société malgaches. Pluralité est le terme exact et nous ouvrons notre antenne à tout le monde à partir du moment où il n’y a pas d’appel à la violence.

* Le mot de la fin…
– RFI souhaite rendre compte d’une information indépendante, libre et vérifiée. Notre souhait c’est de lutter contre la désinformation. L’auditeur est notre seul juge…

Propos recueillis par Tivo Rasam

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