Il y a des chiffres que l’on ne devrait jamais prendre à la légère. Non pas parce qu’ils manquent d’intérêt, mais parce que la réalité qu’ils recouvrent est suffisamment grave. Comme c’est le cas de propagation du VIH/Sida chez les jeunes à Madagascar.
Selon un quotidien local, trois à cinq jeunes âgés de 19 à 25 ans décèdent chaque semaine des suites du Sida dans un grand établissement hospitalier de la capitale. Cinquante nouveaux cas de VIH sont notifiés quotidiennement à l’échelle nationale. Derrière ces statistiques, il y a des vies interrompues, des familles éprouvées et, surtout, une jeunesse qui se retrouve confrontée à une menace dont elle semble parfois sous-estimer l’ampleur.
Le plus préoccupant, c’est peut-être que cette situation n’a rien d’une fatalité. Le VIH ne semble plus être cette maladie tant redoutée autrefois. Alors, pourquoi tant de drames ? Le manque d’information, les préjugés, la peur du regard des autres…
De plus, se faire dépister reste pour certains une démarche embarrassante, voire inutile. On préfère ne pas savoir, en espérant que le problème n’existe pas. Mais le silence ne protège de rien. Il ne fait que retarder le moment où il faudra affronter la réalité, parfois trop tard.
Il serait également trop facile de renvoyer toute la responsabilité aux jeunes. La prévention ne peut pas reposer uniquement sur leur bonne volonté. Elle interpelle les pouvoirs publics, les établissements scolaires et universitaires, les familles, les associations et les acteurs de la santé.
Il faut aussi oser parler du VIH sans jugement ni stigmatisation. Car la peur d’être montré du doigt peut être aussi dangereuse que le virus lui-même. Une société qui culpabilise les personnes infectées contribue, parfois sans le vouloir, à éloigner davantage les autres du dépistage et des soins.
Madagascar ne peut pas se permettre de regarder cette situation évoluer comme s’il s’agissait d’un problème secondaire. Il est encore temps d’agir. Informer, prévenir, dépister et soigner doivent devenir des priorités concrètes, et non de simples slogans à l’occasion des journées mondiales consacrées à la lutte contre le Sida. Car le véritable danger n’est pas seulement le VIH. C’est aussi notre capacité collective à nous habituer à ces chiffres jusqu’à ne plus en être choqués.
Rakoto





