Comme une lettre à la poste

Comme prévu dans la Constitution, le projet de loi de finances initiale (PLFI) pour 2027 a été déposé auprès de l’Assem­blée nationale. Cette institution aura maintenant la lourde tâche d’analyser les prévisions économiques, d’apprécier la répartition des ressources et, éventuellement, de proposer des amendements.
Effectivement, par définition, « une loi de finances est un acte législatif annuel qui détermine et autorise les recettes et les dépenses de l’État, fixe leur nature, leur montant et leur affectation et garantit l’équilibre budgétaire ». En résumé, le PLFI prévoit et autorise le budget de l’État pour un exercice donné.
Et c’est là que le bât blesse : combien des prétendus honorables représentants de la nation qui siègent au niveau de l’Assem­blée nationale peuvent apprécier à leur juste valeur la finesse des différents chiffres avancés dans le budget ? Même certains économistes avertis se perdent dans les dédales du texte de loi.
Dans ces conditions, il serait utopique d’espérer que ladite loi soit décortiquée dans les règles par les députés. Cela ne veut pas dire qu’au sein de cette institution, il n’y a personne capable de comprendre les véritables tenants et aboutissants du projet de loi.
Comme toujours, il y a des exceptions. Et il est heureux qu’il en soit ainsi ; dans le cas contraire, on ne sait pas comment se déroulerait l’examen d’un projet de loi aussi complexe que le PLFI qui est, pour la grande majorité des élus, de l’hébreu. Heureusement encore qu’il est rédigé dans la langue nationale.
Des idées malveillantes avancent même que certains députés éprouveraient des difficultés à lire ou à écrire, mais qu’ils sont parvenus à siéger au sein de l’Assemblée nationale pour des raisons que la raison ignore. Vrai ou faux ? Pour le moment, aucune preuve ne permet de l’infirmer ou de le con­firmer.
Quoi qu’il en soit, les députés vont donc s’atteler à son
examen, bon gré, mal gré. Mais il ne faut pas s’attendre à un miracle. Il y a de fortes chances que le budget de l’État pour l’exercice 2027 soit voté tel qu’il a été présenté initialement. C’est chose courante depuis de nombreuses années.
Et comme d’habitude, ce qui va intéresser les députés, c’est de pouvoir présenter à chaque ministre responsable leurs doléances concernant leurs circonscriptions électorales respectives (pont à construire, adduction d’eau potable, centre de santé de base ou poste de gendarmerie).
Autrement dit, c’est l’objet même de la dernière session ordinaire de l’Assemblée nationale qui va être occulté, à savoir le PLFI. Pour les députés, l’intérêt se portera sur des préoccupations qui concernent directement leurs électeurs. Et en fin de compte, le PLFI va passer comme une lettre à la poste.

Ranaivo Lala Honoré

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