De l’université de Madagascar à l’université d’Antananarivo, l’historienne Raivolala Rahelison est revenue sur les origines de l’institution, lors d’une conférence organisée hier à la Faculté des Lettres et des Sciences humaines (FLSH), à Ambohitsaina, dans le cadre de la célébration de son 65e anniversaire.
Une occasion de retracer l’évolution de cet établissement emblématique et de mettre en lumière les liens qui l’unissent à la France depuis sa création. « L’Histoire permet de mieux s’orienter vers l’avenir », a rappelé Roland Rakotovao, doyen de la FLSH.
La loi portant la création de l’université de Madagascar, a été promulguée le 14 juillet 1961. Cette date soulève encore de nombreuses interrogations : pourquoi avoir choisi le jour de la fête nationale française ? Pourquoi l’université a-t-elle ensuite abandonné son appellation d’origine pour devenir ensuite l’université d’Antananarivo ? Autant de questions auxquelles la chercheuse a tenté de répondre lors de cette « Journée de réflexion autour du 14 juillet 1961 ».
Pour comprendre ce choix, il faut remonter à la période coloniale. Sous la monarchie, le Fandroana constituait la fête nationale. Mais après le dernier Fandroana célébré par la reine Ranavalona III en novembre 1896, le général Gallieni avait supprimé cette tradition et instaure, dès le 5 mars 1897, le 14 juillet comme fête nationale à Madagascar. « Cette décision figure dans l’arrêté n°458 du Journal officiel de l’époque », a-t-elle précisé.
La naissance de l’université de Madagascar
La coopération franco-malgache a également joué un rôle déterminant. Au lendemain de l’indépendance, un accord signé entre les deux pays prévoyait notamment la création d’une fondation nationale de l’enseignement supérieur et d’une commission mixte.
Si plusieurs facultés existaient déjà, la naissance officielle de l’université de Madagascar est fixée au 14 juillet 1961. Le campus d’Ambohitsaina est alors conçu par les architectes Paul Herbé, puis Jean Le Couteur, secondé par Solo Razakamanantsoa, avant d’être inauguré en 1964 par le président Philibert Tsiranana. A cette époque, les diplômes étaient reconnus par la France, le recteur était nommé par le gouvernement français et le domaine d’Ambohitsaina était sous la propriété de la République française.
De Madagascar à Antananarivo
Mais au fil des décennies, l’université de Madagascar devient un haut lieu des revendications estudiantines. Après les mouvements de décembre 1965 puis la grève des étudiants en médecine en mars 1972, la contestation s’étend à l’ensemble du pays, pour remettre en question des accords de coopération avec la France.
En mai 1972, la grève des étudiants avait mené à la chute de la première république et ouvert la voie à la malgachisation. Ainsi, Thomas Randraha est nommé en tant que premier recteur malgache. Plusieurs points ont été revisités comme la démocratisation de l’enseignement supérieur et la création des Centres universitaires régionaux ou Cur. Dans les années 1980, l’établissement prend officiellement le nom d’université d’Antananarivo.
Cette conférence s’est achevée sur une intervention de Tiana Razafindratsimba, consacrée aux perspectives de l’enseignement supérieur malgache. Une manière de rappeler que les 65 ans de l’université ne sont pas seulement l’occasion de revisiter son passé, mais aussi de réfléchir aux défis qui façonneront son avenir.
Holy Danielle




