Mercredi des idées en goguette: La solidarité n’a pas besoin de caméra

Une image vaut parfois mille mots. Mais certaines images finissent aussi par poser mille questions.
Pas très loin de nous, le Burkina Faso vient de franchir un pas symbolique en interdisant la diffusion d’images montrant des personnes vulnérables au moment où elles reçoivent une aide hu­manitaire. Une simple disposition réglementaire, en apparence. Pourtant, elle remet au cœur du débat une pratique devenue presque banale, celle de photographier ou de filmer la misère pour illustrer la générosité.
Depuis des années, les réseaux sociaux regorgent de vidéos où l’on voit des distributions de vivres, de vêtements ou d’argent. Le scénario est souvent le même : une personne en situation de dét­resse, un donateur souriant et une caméra qui immortalise l’instant. Cette pratique, que les spécialistes qualifient
de « poverty porn », ou « mi­se en scène de la pauvreté », est de plus en plus contestée. Non pas parce qu’il serait interdit de montrer les réalités sociales mais parce qu’elle réduit parfois des êtres humains à leur seule souffrance, transformée en outil de communication.
A Madagascar, le sujet mérite aussi d’être posé, sans polémique et sans jugement hâtif. Notre pays connaît régulièrement des catastrop­hes naturelles qui mo­bilisent un formidable élan de solidarité. Avec la sècheresse qui frappe régulièrement le Sud, puis plus récemment le cyclone ayant touché Toamasina, des milliers de familles ont reçu une assistance précieuse de l’État, des collectivités, des associations, des entreprises et de simples citoyens. Cette mobili­sation est indispensable et mérite d’être saluée.
Mais il arrive également que la remise des aides s’accompagne de longues séances de prises de vue. Les bénéficiaires, parfois encore sous le choc, deviennent malgré eux les visages d’une communication non maitrisée, ou parfois le contraire émanant des associations ou personnelles. Certes, les images permettent de rendre compte des actions me­nées, de rassurer les partenaires financiers et d’encourager d’autres élans de générosité.
Toutefois, une question simple mérite d’être posée, c’est jusqu’où peut-on montrer la dét­resse d’autrui sans porter atteinte à sa dignité ? Une personne qui vient de tout perdre dans une catastrophe souhaite-t-elle vraiment voir son visage circuler sur facebook ou dans une campagne de communication ? En tout cas, la re­connaissance envers ceux qui aident ne devrait ja­mais devenir une obligation d’exposer son intimité.
Il ne s’agit évidemment pas d’interdire toute image de l’action humanitaire. La solidarité est sans doute plus forte lorsqu’elle place la dignité humaine au premier plan. Comme le dit un proverbe souvent cité : le bien ne fait pas de bruit. Et donc, aider est un acte noble mais il n’a pas toujours besoin d’un objectif ou d’une publication pour exister.

Rakoto

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