Cuisson propre : le vrai frein au gaz, c’est le prix d’entrée selon l’OMH

À Madagascar, s’équiper pour cuisiner au gaz peut coûter jusqu’à 87% du salaire minimum d’embauche. Selon l’Office malgache des hydrocarbures (OMH), c’est ce seuil de départ, bien avant le prix de la recharge, qui freine l’adoption du gaz.

Le premier achat peut atteindre 87% du salaire minimum d’embauche. C’est l’un des principaux obstacles à l’adoption de ce mode de cuisson, selon Cydolain Raveloson, directeur général de l’OMH. Il a présenté ce constat lors du séminaire organisé le 4 novembre au Novotel Ivandry, dans le cadre du lancement du projet Smart Clean Cooking (SCC). Un ménage doit débourser environ 275.000 ariary pour un kit comprenant une bouteille de gaz de 9 kg et un réchaud à un feu. Avec un brûleur monté directement sur la bouteille, le coût est de 217.000 ariary. Ces montants représentent respectivement 87% et 69% du salaire minimum d’embauche, estimé à 315.000 ariary.

Par ailleurs, la fiscalité alourdit la facture. Le coût des équipements n’est pas seul en cause. “Dans la loi de finances 2026, aucune mesure spécifique n’a été prévue en faveur du gaz. Contrairement aux équipements solaires et à l’éthanol, qui bénéficient d’une exonération de TVA, les détendeurs et les réchauds restent soumis aux droits de douane et à la TVA”, explique Cydolain Raveloson. L’OMH avance deux pistes pour réduire la dépense de départ, dont le fait de ramener à 0 % les droits de douane sur les équipements de cuisson au gaz ; et également subventionner l’achat d’un premier kit comprenant une bouteille de 9 kg et un brûleur monté dessus.
Un marché importé et concentré, qui renchérit encore le gaz

Le seuil d’entrée n’est pas le seul obstacle. Le marché du butane commercial est de petite taille et dépend entièrement des importations. Selon les statistiques avancées par l’OMH, le pays a importé 18.482 tonnes en 2025, soit 8% de plus qu’en 2024. Il repose sur un importateur dominant, trois centres de stockage et trois centres de remplissage. Les cargaisons arrivent par les ports de Mahajanga et de Toamasina, puis sont transportées par camion. Depuis Toamasina et Antananarivo, l’approvisionnement suit les axes RN1 et RN7. Le Nord est desservi à partir de Mahajanga, par les RN4 et RN6 jusqu’à Antsiranana.

Cette organisation pèse sur les prix. Plus une localité est éloignée d’un centre de remplissage, plus le gaz y coûte cher, selon l’OMH. La bouteille de 9 kg se vend autour de 75.000 ariary à Antananarivo et 110.000 ariary à Antsiranana, soit près de 52% de plus. Les frais de transport y contribuent. Les camions repartent à vide après leur livraison, ce qui renchérit chaque opération. “Chaque trajet coûte deux fois plus cher”, souligne le directeur général de l’OMH. Autrement dit, pour un ménage éloigné d’un centre de remplissage, le gaz est plus cher à l’entrée comme à la recharge.

Par ailleurs, le gaz est commercialisé par des revendeurs et des stations-service. Or 38 districts ne disposent pas encore de station-service. Dans les zones enclavées, la dégradation des routes décourage les opérateurs privés d’aller au-delà des grands axes et des principales agglomérations. La saison des pluies aggrave la situation, car l’acheminement du gaz et des équipements se heurte à l’impraticabilité des routes, notamment dans les régions Melaky, Atsimo Atsinanana (district de Midongy), Fitovinany et dans le secteur d’Ikongo.

La maîtrise des prix, une autre piste envisagée
Le prix du gaz ne se joue pas seulement sur son niveau, mais aussi sur la manière dont il est fixé. A en croire les comparaisons présentées par l’OMH, “Madagascar ne paie pas nécessairement son gaz plus cher que certains territoires voisins”. Le kilogramme revient ainsi à environ 0,64 euro à Madagascar, contre 1,44 euro à La Réunion (18 euros la bouteille de 12,5 kg en mai 2026) et 2 euros à Mayotte (24 euros les 12 kg en mars 2026). Aux Seychelles, le prix communiqué tourne autour de 1 euro le kilogramme.

Mais le niveau des prix ne fait pas tout. Leur mode de fixation joue également sur l’accessibilité du produit. À Madagascar, le prix du gaz est libre et peut varier d’une localité à l’autre, notamment en fonction de l’éloignement des centres de remplissage et des frais d’acheminement. Pour l’OMH, mieux maîtriser les prix sur l’ensemble du territoire constitue ainsi une piste pour rendre le gaz plus accessible aux consommateurs.

D’autres modèles montrent également que les pouvoirs publics disposent de plusieurs leviers pour intervenir sur les prix, que le gaz soit importé ou produit localement. Aux Seychelles par exemple, l’importation est assurée par un opérateur public et le gaz bénéficie d’un dispositif de subvention. À La Réunion, un prix plafond est révisé chaque mois. Au Sénégal, les prix sont plafonnés, tandis qu’au Congo, ils sont fixés par arrêté d’homologation.
Le charbon, un concurrent difficile
à détrôner

Pour beaucoup de ménages malgaches, le charbon reste le choix le plus accessible pour cuisiner. À Antananarivo, le kilogramme de charbon de bois coûtait environ 2 000 ariary en février 2026, selon les données de l’OMH. Le gaz butane, lui, revenait à un peu plus de 8.000 ariary le kilogramme, sur la base d’une bouteille de 9 kg vendue à un peu moins de 75.000 ariary. À ce niveau de prix, le gaz coûte donc plus de quatre fois plus cher au kilogramme que le charbon.

Mais la différence ne tient pas seulement au prix. Le charbon est aussi beaucoup plus facile à trouver. Il est vendu dans les quartiers, les petites échoppes et à travers des circuits informels, sans nécessiter toute une infrastructure de stockage et de distribution.

Le gaz, en revanche, dépend de points de vente et d’un réseau logistique encore peu développé dans certaines régions. Chaque année, environ 8 millions de m³ de charbon de bois sont consommés à Madagascar. Sa commercialisation, souvent informelle et peu taxée, contribue également à maintenir son accessibilité. Ce choix a pourtant des conséquences qui dépassent largement le budget des ménages. Le bois-énergie représente 83,6% du bilan énergétique national. La fumée dégagée par les combustibles utilisés pour la cuisson constitue par ailleurs un enjeu majeur de santé publique, avec environ 16.000 décès prématurés recensés chaque année selon les données présentées.
La pression sur les ressources forestières est tout aussi préoccupante. Madagascar perdrait entre 200.000 et 300.000 hectares de forêt par an, selon les estimations évoquées. Dans ce contexte, encourager le passage à des modes de cuisson plus propres, notamment au gaz, apparaît comme un moyen de réduire la dépendance au bois-énergie. Encore faut-il que cette alternative soit financièrement accessible et disponible jusque dans les localités les plus éloignées.

Nambinina Jaozara

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